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Source: caraibes - Google News

Cet autre regard porté sur la croissance économique, basé sur les institutions formelles et informelles, a été mis en évidence, le mercredi 16 mai, à l’Université Quisqueya, par l’économiste Thomas Lalime, dans le cadre du cours intitulé « Économie haïtienne », dispensé par les professeurs Etzer Émile et Kesner Pharel. L’auteur de la chronique “Des Idées pour le développement” a défini l’institution comme étant des contraintes établies par les hommes qui structurent les interactions humaines.

Par les contraintes, Thomas Lalime explique qu’elles peuvent être formelles comme les lois, les règles, les constitutions et les décrets-lois ou du moins informelles à l’instar des normes de comportement, des conventions, des codes de conduite auto-imposés, etc. L’économiste a cité quelques dictons qui sont dans un certain sens une sorte de contraintes informelles: « Depi nan ginen nèg rayi nèg, degaje pa peche, je wè bouch pe, pitit se byen malere…» Thomas Lalime a assimilé ces dictons créoles à des institutions informelles qui ont des conséquences néfastes sur la croissance économique.

Pour avoir une performance économique optimale, Thomas Lalime soutient qu’il faut une bonne qualité de politiques économiques et un bon cadre institutionnel. « Si le cadre institutionnel est bon et qu’en même temps, la qualité des politiques économiques est mauvaise, la performance économique sera appréciable. Par contre, si le cadre institutionnel est mauvais ainsi que la qualité des politiques économiques, la performance « économique sera mauvaise », a expliqué l’économiste Thomas Lalime.

Dans son exposé, l’économiste a apporté une précision concernant les institutions. « Lorsqu’on parle d’institution, les gens ont tendance à se référer aux écoles, aux églises et à l’État. « Il peut y avoir une institution sans pour autant avoir un espace », a révélé M. Lalime. Pour lui, l’espace ne suffit pas en soi pour parler d’institution. Il a fait savoir qu’il peut y avoir des entités physiques en place sans avoir pour autant des institutions. « Tant qu’il n’y a pas de respect scrupuleux des normes, il n’y a pas d’institution », a précisé l’économiste. « L’espace n’est pas l’institution », a-t-il ajouté, soulignant que le palais s’est effondré mais cela n’empêche pas à la présidence d’exister comme institution.

Pour mieux se faire comprendre, l’économiste a pris un autre exemple. « La Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif dispose d’un espace certes, mais si elle ne fait pas d’audit et ne remplit pas ses fonctions, elle n’est pas une institution. Autant dire, dans un pays où l’on parle de corruption et de gabegie administrative, il faut se demander s’il existe réellement une institution de vérification des comptes », a soutenu Thomas Lalime. L’auteur Des idées pour le développement a, par ailleurs, souligné une autre absurdité, celle concernant les ministères qui fonctionnent sans cadre légal.

Thomas Lalime reconnaît qu’il est difficile de mesurer l’impact des institutions informelles sur la croissance économique. Il importe de chercher à comprendre le fonctionnement global de la société au regard de ces institutions informelles. L’économiste a présenté la croissance économique comme un résultat. Il a fait référence à la contribution des aspects culturels à ce résultat. « Je wè bouch pe », avec un tel comportement, il sera difficile à la police d’élucider certains crimes même quand le pays compte un million de policiers, de l’avis de l’économiste.

« Il y a cette tendance en Haïti. Les parents ne veulent pas que leurs enfants prêtent à ses camarades leurs livres à cause d’une certaine croyance. Cette décision ne favorise pas l’entraide sociale. Plus tard, ces enfants devenus adultes seront réticents à l’idée de s’associer avec d’autres camarades pour monter une entreprise. Comme conséquences, plus de 96% des entreprises haïtiennes sont des entreprises individuelles », a indiqué Thomas Lalime, ajoutant que ces entreprises individuelles restent rachitiques puisqu’elles n’acceptent pas l’innovation et, dans de pareilles circonstances, elles ne peuvent pas contribuer suffisamment à la croissance économique.

Gérard Jeanty Jr Source Le Nouvelliste

Source: Google News