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Le regard vif, petit et sans une once de graisse, bien campé sur ses jambes,Théodore Bazilie parle avec la sagesse de celui qui a traversé bien des aventures. Installé à Mana depuis 1978 cet agriculteur ne connait pas le repos, il travaille tous les jours :

“L’Eternel donne la possibilité de travailler et bien je prends ce que l’Eternel me donne. Dès que je n’aurai plus la possibilité de travailler … je vais m’arrêter”
Le toloman, une plante d’avenirCes jours-ci, Thédore Bazilie lutte contre les agoutis et les fourmis manioc qui ont dévasté ses plantations de tayoves et de dachines. Le petit homme parait bien menu dans son bleu de travail pour affronter une dure journée de labeur. Sa houe à la main, l’homme d’expérience nous mène à l’endroit où il vient de replanter une nouvelle variété de canna, “la rou rot mer” dont il ne connaît pas le nom scientifique mais qui promet.
etcopy; CL Une variété de tolomanL’agriculteur cultive le toloman depuis bon nombre d’années. Il a pu antérieurement produire jusqu’à 2 tonnes brutes de la canna indica dont on tire une farine très blanche et très digeste. Selon lui, ce tubercule doit être cultivé et transformé à grande échelle. Il n’y aurait aucune difficulté pour écouler la farine qui possède de nombreuses vertus. Elle ne contient pas de gluten, précise t-il, ce qui la rend intéressante pour les fabricants de produits ne contenant pas de gluten. Le toloman peut convenir aussi bien aux nourrissons qu’aux adultes. Pour le vieil homme c’est sûr, cela peut-être une manne pour la Guyane.

“J’ai commencé avec deux pieds de toloman, il y a longtemps. 140 pieds de toloman donnent 25 kg de farine. C’est bon à prendre car c’est vendu à 20 € sur les marchés et moi je le propose à 10 €. On diversifie les plantations, on met des haricots, des radis, des concombres. Comme cela on a une partie pour acheter son sel, son café etc … et le reste quand le toloman arrive on avance petit à petit…. Malheureusement cela n’a pas été le cas pour moi, j’ai été concurrencé par les hmongs qui travaillent collectivement…”
Un rêve d’exploitation qui se heurte à son grand âgeMonsieur Bazilie vit presque en ermite, avec son chien, dans une maison inachevée enfouie sous la végétation. Le dimanche, il se rend au bourg de Mana pour suivre l’office dominical et le reste du temps, il plante, nettoie comme il peut une partie de son immense propriété.
Il ne se montre pas disert sur son passé. Il a, sans nul doute, eu d’autres activités, comme il le dit avec un brin de malice, entre Mana, Saint-Laurent, Apatou… Né en 1928, l’exploitant a commencé l’agriculture à l’âge de 50 ans.
Par le passé,Théodore Bazilie a monté une association mais il ne s’est pas entendu avec ses partenaires et a continué son chemin, seul. Aujourd’hui, il aurait voulu avoir son exploitation de toloman mais les fonds manquent et la banque ne prête plus au delà de 75 ans. Car comme il l’explique, le toloman se plante vers le mois de décembre et se récolte à la période chaude :

“Le toloman, c’est une occupation typiquement familiale parce que cela demande beaucoup de travail et une présence assidue … Si on cultive à grande échelle, il faut un chimiste pour traiter et il faut utiliser beaucoup d’eau avant d’obtenir la farine..”
Monsieur Bazalie continue de cultiver inlassablement sa terre sablonneuse, “La Baraka”. Une terre imperméable qui lui a donné beaucoup de fruits et légumes.

Il adresse un dernier message :

“Dites aux instances agricoles de faire développer la culture du toloman parce que c’est une diversité dans l’agriculture.”
Théodore Bazilie aimerait bien qu’elles s’adressent à lui .. les instances.

Source: https://la1ere.francetvinfo.fr