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Source: International - Google News

Le débat autour de la libération de la parole des femmes contre leurs agresseurs sexuels est reparti de plus belle depuis quelques jours, après la publication d’une tribune de 100 femmes dans Le Monde, qui défendaient « une liberté d’importuner », indispensable d’après elles à la liberté sexuelle. Après la réponse de plusieurs femmes, dont des militantes féministes, l’auteure Leïla Slimani vient à son tour de participer au débat dans Libération.

Leïla Slimani (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

« Marcher dans la rue. Prendre le métro le soir. Mettre une minijupe, un décolleté et de hauts talons. Danser seule au milieu de la piste. Me maquiller comme un camion volé. Prendre un taxi en étant un peu ivre. » Pour commencer sa tribune, Leïla Slimani dresse une liste à la Prévert de différentes situations, sans doute vécues par de nombreuses femmes. « Dans ces moments de la vie, quotidiens et banals, je réclame le droit de ne pas être importunée. Le droit de ne même pas y penser », stipule d’emblée l’auteure de Chanson douce, Prix Goncourt 2016.

Elle répond par cette tribune publiée dans Libération à une autre, parue dans le quotidien Le Monde le 9 janvier dernier. « Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste », indiquait cette tribune, signée par un collectif de 100 femmes, dont Catherine Deneuve, Catherine Millet, Joëlle Losfeld ou Marie Sellier. « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle » assuraient encore les signataires.

Depuis, le débat est reparti de plus belle : la militante féministe Caroline De Haas et trente autres femmes ont signé une tribune en réponse à celle publiée dans Le Monde, cette fois-ci diffusée par France Info. « Dès que l’égalité avance, même d’un demi-millimètre, de bonnes âmes nous alertent immédiatement sur le fait qu’on risquerait de tomber dans l’excès. L’excès, nous sommes en plein dedans. C’est celui du monde dans lequel nous vivons. En France, chaque jour, des centaines de milliers de femmes sont victimes de harcèlement. Des dizaines de milliers d’agressions sexuelles. Et des centaines de viols », rappelaient les auteures de cette tribune.

Leïla Slimani leur emboîte le pas en dénonçant une tribune d’origine biaisée, qui réduit les hommes à des agresseurs en prétendant les défendre : « Car au fond se cache, derrière cette soi-disant liberté d’importuner, une vision terriblement déterministe du masculin : “un porc, tu nais” », explique Leïla Slimani. Elle rappelle que nombre d’hommes sont écœurés par les insultes, les dégradations et autres agressions que font subir certains aux femmes.

« Je ne suis pas une victime. Mais des millions de femmes le sont. C’est un fait et non un jugement moral ou une essentialisation des femmes », souligne l’auteure, en évoquant aussi la situation des femmes à l’étranger, « [d]ans les rues du Caire, de New Delhi, de Lima, de Mossoul, de Kinshasa, de Casablanca : […] s’inquiètent-elles de la disparition de la séduction et de la galanterie ? Ont-elles le droit, elles, de séduire, de choisir, d’importuner ? »

La tribune de Leïla Slimani est accessible à cette adresse. Elle a récemment signé Sexe et mensonges ; la vie sexuelle au Maroc, aux éditions des Arènes.

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