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Source: International - Google News

L’association Human Rights Watch accuse les autorités d’enregistrer, prétextant un programme de santé, les données biométriques de toute la population du Xinjiang, où vit une importante minorité musulmane, les Ouïghours.

Au cœur de la province reculée de Xinjiang, au nord-ouest de la Chine, le gouvernement incite les habitants âgés de 12 à 65 ans à participer à un programme de santé quelque peu douteux. Appelé «Physicals for All» («examens médicaux pour tous»), ce programme consiste à collecter des données biométriques comme des échantillons d’ADN et de sang, les empreintes digitales ou encore le scan de l’iris. Et d’après un rapport de Human Rights Watch, il semble que le gouvernement n’ait pas informé les participants de la façon dont les données recueillies peuvent être utilisées et diffusées ou de la durée pendant laquelle elles sont susceptibles d’êtres conservées. «Les autorités du Xinjiang devraient renommer leur projet d’examens physiques «Violations de la vie privée pour tous», étant donné que le consentement éclairé et le choix réel ne semblent pas faire partie de ces programmes», s’indigne Sophie Richardson, directrice de recherches sur la Chine, auprès de la division Asie de Human Rights Watch.

Le Xinjiang abrite 10 millions d’Ouïghours et d’autres minorités ethniques à prédominance musulmane. Les autorités ont offert ce programme gratuit en 2016. Un avantage, selon elles, pour une région économiquement pauvre. Les objectifs déclarés du programme sont d’améliorer la prestation de services des autorités sanitaires, de dépister les principales maladies et d’établir des dossiers de santé numériques pour tous les résidents. Les médias d’État publient des témoignages de participants décrivant leur prise en charge. Ils expliquent avoir reçu des prescriptions de traitements, pour des maladies non diagnostiquées auparavant, qui, dans certains cas, leur ont même sauvé la vie.

Un moyen de ficher les musulmans?

Les autorités déclarent que le programme d’enregistrement de la population est destiné à la «prise de décision scientifique» qui favorise la réduction de la pauvreté, une meilleure gestion et la «stabilité sociale». Or, sous l’apparence d’un programme de santé, il s’agit davantage d’une surveillance de la population face à la menace terroriste, dénonce l’ONG. La Chine a en effet subi plusieurs attentats. Des membres de la communauté ouïghour ont rejoint les rangs de l’État islamique ou d’al-Qaida.

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Selon HRW, les autorités se partagent les différents types de collectes biométriques: les cadres du parti et les policiers sont chargés de récupérer des images, des empreintes digitales et de l’iris. Les autorités sanitaires locales sont responsables de la collecte d’informations sur l’ADN et les groupes sanguins. Les informations collectées sur le groupe sanguin sont directement envoyées à la police, tandis que les «cartes de sang pour la collecte d’ADN sont, par la suite, envoyées aux bureaux de police du comté pour le profilage», toujours selon l’ONG, qui ajoute que toutes ces informations sont stockées et liées au numéro d’identification national. Dans la ville de Tiemenguan (qui fait partie du corps militaire du Xinjiang), les autorités de propagande seraient quant à elles chargées de «surveiller les sentiments publics sur Internet» et de «guider et gérer les informations négatives».

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Un article de Xinhua daté du 1er novembre 2017 indique que 18,8 millions de personnes ont participé au programme «Physicals for All» en 2017. Les rapports officiels des médias insistent sur le fait que la participation s’organise sur la base du volontariat. Mais il semble que dans la pratique, les gens sont obligés de s’y rendre: un Ouïghour qui a participé au programme en 2016 à Kashgar, dans l’ouest du Xinjiang, a déclaré à Human Rights Watch que «ne pas participer serait sûrement perçu comme un signe de «problème de pensée», un raccourci pour «déloyauté politique», une étiquette dangereuse dans une région répressive. Il a également rapporté que les autorités de santé ne lui avaient pas communiqué ses résultats.

Sophie Richardson dénonce: «La saisie obligatoire des données biologiques d’une population entière, y compris l’ADN, est une violation flagrante des normes internationales des droits de la personne, et c’est encore plus inquiétant si elle est faite subrepticement, sous prétexte d’un programme de soins de santé gratuit.»