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Source: International - Google News

Militairement parlant, le boucher de Damas a gagné la guerre mais, Russie comprise, le reste du monde veut qu’il se résigne à un compromis politique

C’est l’obstination et la conciliation faites homme. Depuis qu’à l’été 2014 l’Onu a en fait son émissaire spécial pour la Syrie, depuis qu’à ce titre, il n’a cessé de tenter d’amener à un compromis les parties à ce conflit, Staffan de Mistura n’avait jamais ni désespéré ni haussé le ton mais, hier, on a entendu sa colère. 

        « Je suis déçu », a-t-il dit à l’issue d’une huitième tentative de pourparlers  à Genève. « C’est une occasion en or qui a été manquée » a-t-il poursuivi en accusant la délégation du régime syrien de « ne pas avoir vraiment cherché à avoir un dialogue et à négocier ». Pour ce diplomate infiniment policé, c’était paroles de procureur et, plus spectaculaire encore, Staffan de Mistura, un italo-suédois, a ajouté : « Je dois dire, en revanche, que l’opposition l’a fait ».

        Les deux choses sont vraies. L’opposition a voulu négocier, le régime de Damas s’y est refusé et cela tient au rapport de forces sur le terrain.

Maintenant que l’appui de l’Iran et de la Russie lui a permis de reprendre le contrôle de près des deux tiers du territoire syrien, Bachar al-Assad estime avoir gagné  la guerre et donc ne plus avoir à négocier qu’un habillage international de nouvelles élections qui viendraient confirmer son pouvoir. 

L’opposition est, à l’inverse, assez consciente d’avoir perdu la partie, militairement parlant, pour avoir uni ses rangs, s’être fait représenter à Genève par une seule et même délégation et avoir réellement envisagé un compromis politique passant, notamment, par une nouvelle Constitution. 

On pourrait se dire que tout cela n’a donc plus d’importance, qu’il n’est pas surprenant que le vainqueur veuille imposer ses conditions et que l’Onu et son représentant ne devraient plus avoir qu’à entériner cet état de fait. 

Il y aurait là une logique, sauf… 

Sauf qu’elle n’est qu’apparente puisque ce pays est entièrement détruit, que personne ne financera sa reconstruction avant qu’il n’ait trouvé les bases d’une stabilité pérenne, que la moitié de sa population est déplacée ou réfugiée à l’étranger et que cela durera tant que les conditions d’une confiance en l’avenir n’auront pas été trouvées.

Sans que cette guerre ne soit du tout finie, son issue est parfaitement claire mais tout, pourtant, impose à l’Onu d’imposer à Bachar al-Assad le compromis auquel il se refuse plus que jamais. C’est si vrai que la Russie, de son côté, tente, de faire entendre raison au boucher de Damas. Vladimir Poutine s’y essaie en tout cas, vraiment, car sa hantise est l’embourbement mais il n’y parvient pas car l’Iran n’a, lui, rien à refuser à ce régime qui est totalement essentiel à sa projection en terres sunnites et jusqu’à la frontière libano-israélienne. 

C’est l’impasse, une impasse qui ne peut pas durer mais qui va pourtant durer.