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Source: International - Google News

L’annonce est  tombée jeudi soir . Le gendarme des télécoms américain (FCC) a abrogé la  « neutralité du net », cette règle sanctuarisée en 2015 par Barack Obama qui oblige les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) à traiter de façon identique les services en ligne, quelles que soient la quantité et la nature des données transitant dans leurs tuyaux.

Si les associations de défense des droits numériques et plusieurs groupes de la tech (Reddit, Etsy, Kickstarter) ont multiplié les mises en garde ces dernières heures, les géants du secteur ont fait profil bas.

Google, Facebook, Amazon ou encore Microsoft avaient pourtant été parmi les premiers à tirer la sonnette après la  désignation par Donald Trump d’Ajit Pai , un opposant notoire à la neutralité du Net, à la tête de la puissante FCC (Federal Communications Commission).

En avril, ils avaient signé un communiqué commun dans lequel ils estimaient que « les règles actuelles de la FCC sur la neutralité du Net fonctionnent », ajoutant que « cette protection des consommateurs ne devrait pas être modifiée ». Apple avait réagi en août en réclamant à son tour la protection de ce principe cher aux pionniers d’Internet.

Nouveau climat politique

Mais depuis quelques jours, et alors que l’annonce était imminente, Mark Zuckerberg ou Tim Cook, deux des plus puissants PDG de la Silicon Valley, se sont gardés de monter publiquement au créneau.

Pour Harold Feld, vice-président de Public Knowledge, une ONG de défense des droits numériques, cette discrétion pourrait s’expliquer par l’évolution du climat politique depuis l’élection de Donald Trump.

« Tout d’abord, les géants de la tech sont conscients que Washington leur est désormais hostile », analyse-t-il dans  les colonnes du New York Times . « Dans ce contexte, les grandes entreprises font profil bas et préfèrent jouer la défense plutôt qu’attirer l’attention. ».

Multiples fronts

Selon ce militant, les géants de la tech économiseraient également leurs forces car qu’elles doivent se battre sur plusieurs fronts à la fois. Critiqués pour leur rôle pendant la dernière campagne présidentielle américaine, entachée par les soupçons d’ingérences russes, Google et Facebook ont été auditionnés récemment par le Sénat pour s’expliquer.

Plus globalement, les géants de la tech doivent se défendre des accusations selon lesquelles ils représenteraient une menace pour la démocratie en raison de leur poids politique et économique écrasant.

Ressources suffisantes

Par ailleurs, ces entreprises « reconnaissent qu’elles ont besoin de tuyaux plus gros et plus fiables pour transmettre leurs contenus », insiste Nicol Turner-Lee, du centre pour l’innovation technologique de la Brookings Institution, cité par le Monde . Et, à la différence des start-up, elles ont largement les moyens de payer plus pour avoir un accès privilégié aux contenus.

Mais leur modération ne signifie pas qu’elles sont inactives. Les géants de la tech agissent ensemble via l’Internet Association, un lobby installé à Washington, pour combattre la FCC. Enfin, ils comptent sur les recours juridiques probables déposés par les militants de la neutralité du Net pour retarder l’échéance. La bataille n’est pas terminée.