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Dans un entretien diffusé en direct sur Mediapart, RMC et BFMTV le 15 avril, Emmanuel Macron a répondu aux questions de Jean-Jacques Bourdin et d’Edwy Plenel. «De nombreux Français doutent de vous […] Où nous conduisez-vous ? […] Est-ce que ces frappes ont été efficaces ?», a interrogé le journaliste de RMC.

Aucune preuve présentée au public

Après avoir rendu hommage à l’armée française, Emmanuel Macron a affirmé que l’opération avait «été conduite de manière remarquable» grâce au «professionnalisme de nos militaires». Selon le président, «trois sites de production d’armes chimiques ont été visés par ces attaques» et les capacités d’armes chimiques du gouvernement syrien «ont été détruites». Il a ajouté : «il n’y a eu aucune victime selon les dires des Syriens et des Russes.» Le président a ensuite affirmé avoir «obtenu des preuves que des armes chimiques ont été utilisées» par le gouvernement syrien et notamment «du chlore». Le président français n’a toutefois pas fait part de ces «preuves» qu’il affirme avoir «depuis des mois». Des mois durant lesquels aucune communication au sujet d’armes chimiques n’a été faite par le gouvernement français.

Pas de déclaration de guerre contre Assad… mais des frappes légitimes selon Macron

Edwy Plenel, directeur de Mediapart, a ensuite interrogé Emmanuel Macron sur la légitimité d’intervenir en Syrie hors du cadre de l’ONU. Le président français a affirmé que l’intervention était «légitime», arguant : «C’est la communauté internationale qui est intervenue.» Tout en se félicitant des frappes qui ont été menées contre le pouvoir de Damas, Emmanuel Macron a assuré que la France et ses alliés n’avaient «pas déclaré la guerre au régime de Bachar el-Assad».

La Russie «complice»

D’autre part, Emmanuel Macron a accusé la Russie d’être «complice» du président syrien en ayant «construit méthodiquement l’incapacité de la communauté internationale par la voie diplomatique à empêcher l’utilisation des armes chimiques». 

«Bien sûr qu’ils sont complices», a lancé le chef de l’Etat tout en concédant : «Ils n’ont pas eux utilisé le chlore.» Le président a encore accusé Moscou d’avoir «impuissanté» la communauté internationale, alors que le projet de résolution russe affirmant un plein soutien à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), organisme neutre de l’ONU, dans l’enquête sur le terrain, a été rejeté le 10 avril par le Conseil de sécurité.

Pourtant, Emmanuel Macron a dans la foulée déclaré qu’il parlait «de manière constante avec Vladimir Poutine» et il a affirmé que le président russe avait «nié [l’utilisation d’armes chimiques en Syrie] comme il le fait depuis le début». Le président français a ensuite reconnu : «Pour construire une solution durable, il nous faut parler avec l’Iran, la Russie et la Turquie.» 

Pour le président français, il s’agit de «ne pas laisser la Syrie entre les mains uniques de Bachar el-Assad». Il a assuré que ses actions visaient à préparer «une transition durable en Syrie, en accord avec Vladimir Poutine».

Le 14 avril, Moscou n’est pas parvenu à faire accepter par le Conseil de sécurité de l’ONU son projet de résolution condamnant les frappes nocturnes menées en Syrie entre le 13 et le 14 avril, malgré le soutien de quelques Etats, comme la Bolivie et la Chine.

La France a convaincu Trump de rester en Syrie

Concernant l’intérêt de travailler avec Donald Trump qui «se moque du sort du peuple syrien» selon les journalistes, Emmanuel Macron a affirmé : «La stabilité de la Syrie est notre priorité depuis le début.» Il a rappelé que Donald Trump avait annoncé un retrait imminent des Américains de Syrie étant donné que Daesh avait été battu. Mais cette déclaration était intervenue avant l’attaque chimique présumée. «Nous avons convaincu Donald Trump que c’était important de rester sur le terrain de la Syrie et nous avons réussi à la convaincre de limiter l’intervention aux armes chimiques.» Nikki Haley, l’ambassadeur américaine aux Nations Unis, avait en effet déclaré que les Etats-Unis ne se retireraient pas tant qu’ils n’auraient pas accompli leurs objectifs. S’exprimant sur Fox News le 15 avril, elle a précisé que Washington avait trois objectifs en Syrie : s’assurer que des armes chimiques ne soient pas utilisées d’une manière qui présente un risque aux intérêts américains, la défaite de Daesh et garder un œil sur les activités de l’Iran. 

Enfin, concernant les rapports de force internationaux sur la question de la Syrie, Emmanuel Macron a mentionné le fait d’avoir, par ces frappes, «séparé les Russes des Turcs sur cette question». En effet, le président turc Recep Tayyip Erdogan a salué les frappes des alliés occidentaux sur la Syrie.

De nombreuses voix s’élèvent depuis le 14 avril pour condamner les frappes de la France et de ses alliés sur la Syrie. Cette attaque coordonnée a en effet été menée sans mandat de l’ONU ni concertation avec le Parlement français.

Le 14 avril à l’aube, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont attaqué plusieurs cibles en Syrie. Les frappes ont été menées en représailles à l’attaque chimique présumée de Douma, une semaine plus tôt, que les Occidentaux attribuent au pouvoir de Bachar el-Assad. Celui-ci nie toute responsabilité et Moscou affirme détenir les preuves que l’attaque présumée était une mise en scène.

Après TF1, Emmanuel Macron s’est livré à sa seconde interview de la semaine, le 15 avril, en direct sur BFMTV, la radio RMC et le site Mediapart. Pour mener cet interview fleuve de deux heures, l’Elysée a tablé sur le fondateur de Mediapart Edwy Plenel et le journaliste de RMC Jean-Jacques Bourdin. L’entretien s’est déroulé au Théâtre national de Chaillot à Paris.

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Source: https://francais.rt.com/