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La trame : Romulus Bonnaventure – le bien nommé – dit Roro, né esclave, est employé sur une habitation en Martinique. En 1848, profitant du désordre qui suit l’abolition, il s’enfuit. Il est recruté durant quelque temps par un Européen qui dirige un manège dans la ville de Saint-Pierre, où il s’occupera des chevaux. Un savoir-faire qui lui sera utile. Plus au sud de l’île, à Fort-de-France, Péloponnèse Beauséjour, une chabine aux formes généreuses, fait la joie des marins et militaires de passage. Elle deviendra également la concubine de Romulus.

Un temps en ménage souvent orageux, la vie des amants va basculer quand la France conçoit le projet fou de conquérir le Mexique et d’y installer un monarque. Dans cet objectif, les soldats de Napoléon III font de la Martinique la tête de pont de l’expédition. Ainsi, entre 1861 et 1867, environ 30.000 soldats de toutes nationalités passeront par Fort-de-France, dont un fort contingent de Polonais (voir plus bas). Ce que l’on sait moins, et qui fait l’objet du roman de Raphaël Confiant, c’est que de nombreux Martiniquais se sont alors engagés dans cette force plurinationale pour la conquête de la Sierra Madre et d’autres territoires mexicains. Romulus Bonnaventure fera partie du voyage… tout comme Péloponnèse Beauséjour, dans des circonstances que nous ne dévoileront pas ici.
Parole fertileTout cela est inspiré de faits réels. «De nombreux Martiniquais ont participé à cette guerre, y sont morts, y ont reçu des médailles ou sont revenus mutilés. Je vous renvoie par exemple à l’ouvrage de l’historienne martiniquaise Sabine Andrivon-Milton à ce sujet. Je n’invente strictement rien», précise Raphaël Confiant à La1ere.

Dans cette langue poétique et truculente qui lui est chère, son don de conteur créole à la parole fertile, ses néologismes dont il a le secret et qui font sa marque de fabrique, Raphaël Confiant nous plonge dans un voyage épique. L’on y apprend encore bien des choses sur l’histoire de la Martinique, la période esclavagiste, la constitution et la diversité de sa population, la structure de l’habitation, les méandres de l’en-ville, de même qu’on est entraîné dans l’épopée guerrière (et mégalomaniaque) mexicaine de la France impériale.
L’anecdoctePour finir, Raphaël Confiant nous a raconté cette anecdote:
«En fait, l’idée d’écrire ce roman m’est venue un jour où Patrick Chamoiseau et moi-même déjeunions dans un restaurant du Morne Gommier, au Marin, avec le couple Kundera (Milan Kundera, célèbre écrivain français d’origine tchèque, ndlr). La serveuse de ce restaurant de campagne était une chabine aux yeux verts et selon Vera Kundera, ce n’était pas un vert ouest-européen, hérité des Békés donc, mais bien est-européen. De Bohème plus précisément ajouta-t-elle. Tout au long du repas, chaque fois que la serveuse venait à nous, elle s’étonnait de la couleur de ses yeux. Si bien qu’à la fin du repas, j’ai demandé à la serveuse son nom qui m’a répondu avec un fort accent créole – on était à la campagne : “Je m’appelle Lowensky”. Et Véra Kundera d’exulter ! Elle avait eu raison. Dès lors, je me suis intéressé aux Martiniquais portant des patronymes polonais : Labinsky, Lowensky, Sobesku etc., et donc par ricochet à l’expédition du Mexique.»

Raphaël Confiant, «L’épopée mexicaine de Romulus Bonnaventure» – éditions Mercure de France, avril 2018, 350 pages, 20 euros.

Source: https://la1ere.francetvinfo.fr