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Source: France - Google News

Il est difficile d’être un mouvement politique exemplaire et de faire respecter par tous ses élus les règles d’éthique qui figurent parmi ses valeurs fondatrices. La République en marche a dû affronter très tôt ce principe de réalité. À peine constitué, le parti présidentiel se trouvait confronté aux difficultés judiciaires rencontrées par son ex-secrétaire général Richard Ferrand, alors ministre dans le premier gouvernement Philippe. Il fut exfiltré à l’issue des législatives, comme Sylvie Goulard, François Bayrou et Marielle de Sarnez, visés par une enquête sur les occupations véritables des assistants parlementaires MoDem au Parlement européen.

Mais cette fois, c’est par un tout nouvel adhérent, encore ébloui par les feux de l’actualité, que le scandale arrive. Thierry Solère, ex-député LR, était l’organisateur de la primaire de la droite et du centre. Dès la campagne pour les législatives, à défaut de se dire « en marche », il assurait vouloir que « ça marche ». Colossale subtilité sémantique ! Puis il a franchi le pas il y a quelques semaines, après avoir été exclu de son parti d’origine. À peine s’est-il assis sur les bancs de son nouveau groupe que Le Canard enchaîné révèle comment il aurait été renseigné sur une enquête judiciaire le concernant pour fraude fiscale, mais aussi blanchiment et trafic d’influence. Et pas par n’importe qui : par son ex-collègue socialiste à l’Assemblée nationale, le garde des Sceaux sortant Jean-Jacques Urvoas !

Urvoas plus fort que Taubira !

Thierry Solère risque d’être exclu de sa nouvelle formation avant même d’avoir eu le temps de retirer sa carte d’adhérent. Même s’il s’est défendu de se livrer à la moindre chasse aux sorcières, Christophe Castaner, délégué général de LREM, l’a suggéré jeudi 14 décembre sur LCI : « L’adhésion à un mouvement est quelque chose de libre, si vous commettez une faute, on saisit la commission d’éthique qui va juger la faute et qui peut dire : Vous n’avez plus votre place. » Mais c’est pour Jean-Jacques Urvoas, second ministre de la Justice du quinquennat de François Hollande, que les propos de Christophe Castaner ont, de façon implicite, été les plus durs : « On ne peut pas accepter ce genre de pratiques, c’est un discrédit sur la fonction même de garde des Sceaux et le fait d’oser demander au garde des Sceaux des renseignements personnels est un vrai problème. »

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Le plus atterrant, c’est que le ministre de la Justice réponde à de telles sollicitations. Jean-Jacques Urvoas est le premier, à ce poste, à être pris quasiment en flagrant délit de « fuite » puisque, selon Le Canard enchaîné, la note qu’il a envoyée à Thierry Solère a été retrouvée par les enquêteurs dans le téléphone de ce dernier. Avant lui, Christiane Taubira avait fait bien rire quand elle avait menti en direct en proclamant qu’elle ignorait tout des écoutes pratiquées sur Nicolas Sarkozy, tandis qu’elle tenait à la main des comptes rendus du dossier. Jean-Jacques Urvoas, lui, risque d’être traduit devant la Cour de justice de la République pour avoir violé un secret très sensible.

Ironie de l’histoire : c’est lui qui a publié, en juin 2016, une circulaire destinée à « renforcer la confiance publique dans la justice ». Il y insistait sur « le renforcement de l’indépendance et des pouvoirs du parquet », mais appelait aussi à « une remontée d’information », notamment « sur les situations particulières, sur lesquelles la position du garde des Sceaux peut être sollicitée sur le triple plan des principes, du débat législatif et de la gestion des moyens ». Surtout des principes, à l’évidence !

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