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1Foot

Longtemps, très exactement entre 1986 et 2017, l’AC Milan, c’était Berlusconi. Jusqu’à ce que l’ancien président du conseil italien ne le revende l’an dernier à un investisseur chinois, Li Yonghong. Pour boucler le rachat d’un des clubs les plus prestigieux d’Europe (sept Ligues des champions, 18 championnats d’Italie), celui-ci avait contracté un prêt de 335 millions d’euros auprès du fonds d’investissement américain Elliott. Emprunt dont il n’a pas réussi à rembourser les premières échéances. Ce qui a fait tomber l’AC Milan entre les mains d’Elliott, qui exclut pour l’heure de le revendre.

2Wall Street

Créé en 1977, Elliott est l’un des plus vieux “hedge fund” (fonds d’investissement alternatif) au monde. La légende raconte que son fondateur Paul Singer,  73 ans aujourd’hui, a lancé son fonds avec à peine 1 million de dollars, une paille dans la finance américaine, confiés par quelques  amis et membres de sa famille. Attirés par les performances hors normes, les investisseurs se sont depuis rués pour lui confier leur argent : Elliott – c’est le deuxième prénom de Paul Singer – gère aujourd’hui 34 milliards de dollars.

3Vautour

Elliott a beau investir dans toutes sortes d’actifs, son nom reste associé à une pratique ultra-controversée : celle des fonds dits “vautours”. En 1996, il s’est attaqué à un Etat, une grande première : il a acheté à prix cassé sur les marchés financiers des emprunts émis par le Pérou, alors en grande difficulté ; il a lors exigé devant différents tribunaux – et obtenu – que le pays rembourse l’intégralité de sa dette. Résultat ? 56 millions de dollars de gagnés pour 11 millions dépensés. Une histoire qui s’est notamment répétée au Congo-Brazzaville.

4Argentine

En décembre 2001, l’Argentine connait une crise économique terrible, voit se succéder trois présidents de la République en onze jours et prend la décision de ne pas rembourser ses 100 milliards de dollars de dette publique. Plus personne ne veut de ses emprunts, sauf Elliott qui en rachète sur les marchés pour trois fois rien. Alors que la plupart des créanciers acceptent de ne se faire rembourser que 25%  de l’emprunt, Elliott refuse. Il saisit des tribunaux un peu partout sur la planète, va jusqu’à faire saisir un navire de la marine argentine qui fait escale au Ghana. Il l’emporte au bout de quinze années de guérilla. A la clé, un gain de quelque 2 milliards de dollars. Pour environ 80 millions de dollars investis.

5Activisme

Elliot est aussi devenu un des épouvantails des grands groupes américains ou européens. Marchant dans les pas du pionnier Carl Icahn, Paul Singer est devenu un des principaux “fonds activistes” de la planète. Leur méthode ? Prendre une petite participation dans une entreprise, parfois juste une infime partie du capital, et ensuite faire du bruit, beaucoup de bruit, pour peser sur la direction de l’entreprise ou ses administrateurs et qu’ils changent la stratégie du groupe. Pour obtenir par exemple un dividende exceptionnel, des rachats d’action, la revente d’une activité pour améliorer la rentabilité de l’ensemble… Bref, pour booster le cours de Bourse.

6 ThyssenKrup

Une des dernières victimes d’Elliott s’appelle Heinrich Hiesinger et était, jusqu’à la semaine passée, le patron du conglomérat allemand ThyssenKrupp (sidérurgie, sous-marins, ascenseurs…). Elliott n’avait beau avoir que 3% du capital de ce groupe employant  160 000 personnes, il a dénoncé bruyamment la stratégie de l’entreprise. Et provoqué le départ du patron.

7Bolloré

Paul Singer peut se vanter d’être un des rares businessmen à avoir fait plier Vincent Bolloré. Elliott a beau ne détenir que 9% du capital de Telecom Italia contre 24% pour Vivendi (contrôlé par Bolloré),  le fonds américain a réussi en mai à prendre le contrôle du conseil de surveillance de l’opérateur italien, avec le soutien du gouvernement.

8Parti républicain

Singer est connu comme un financier de très longue date du Parti républicain. Proche des idées libertariennes, favorable au mariage gay, il a combattu la candidature de Donald Trum aux primaires. Avant de se réconcilier avec lui une fois ce dernier arrivé à la Maison-Blanche.

9Lille

L’AC Milan n’est pas le seul club de foot où Elliott a mis de l’argent. A Lille aussi, il a prêté des fonds à l’homme d’affaires Gérard Lopez pour qu’il rachète l’équipe locale, pas franchement en bonne santé financière depuis. Avec, à la fin, la même issue qu’à Milan ?

10Philanthropie

Paul Singer est un des signataires de The Giving Pledge : il s’est engagé à donner au moins 50% de sa fortune à des œuvres caritatives, comme Warren Buffet, Bill Gates, ou d’autres puissants investisseurs activistes comme Carl Icahn ou Chris Hohn.

L'Obs

Clément Lacombe

Source: www.nouvelobs.com