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Vingt ans après l’avoir battu en demi-finales ce 8 juillet 1998 – souvenez-vous cet improbable doublé de Thuram – la France va retrouver ce dimanche la Croatie en finale de la Coupe du Monde. Mais que sait-elle de cette équipe flamboyante, de ce petit pays producteur de grands footballeurs ? Mental d’acier, affaire de corruption, joueurs exclus du Mondial… Voici 5 trucs à connaître sur la bande à Luka Modric pour briller à l’apéro dimanche après-midi. 

1Experts en prolongations 

La Croatie revient de loin dans ce Mondial 2018. Brillants lors de la phase de poule, avec notamment une victoire limpide face à l’Argentine (3-0), les “Vatreni” (les “Flamboyants”) ont connu un huitième, un quart et une demi bien plus compliqués.

Menés au score, ils ont dû à chaque fois se coltiner les prolongations. Résultat : ils ont disputé l’équivalent d’un match de plus que les Bleus… La sélection croate a même été contrainte d’aller jusqu’au tirs au but pour se défaire du Danemark et de la Russie, en huitième et en quart. Deux équipes sans éclat mais très solides. Autant de statistiques qui font de la Croatie la première nation à obtenir trois qualifications de suite après prolongation ou tirs au but. Ses joueurs auront peut-être les jambes un peu plus lourdes, mais ils seront surtout armés d’une confiance en béton.

2Stars en stock

La Croatie a beau ne compter que 4,2 millions d’habitants, elle parvient à produire nombre de joueurs de très grand niveau. Après la génération des Suker, Ivanisevic, Boban, la sélection est aujourd’hui conduite par le joueur du Real Madrid Luka Modric. Capitaine de la sélection, le n°10 aux 111 sélections est l’un des artisans du bon parcours croate. Joueur intelligent, il est capable de changer le visage d’une rencontre par un centre, une passe ou un tir. Buteur face au Nigeria puis contre l’Argentine en phase de poules, il a été étincelant contre le Danemark, malgré un penalty raté avant la séance de tirs au but.

Autant de performances qui font de lui un possible vainqueur du Ballon d’Or. 5e de la dernière édition, Modric pourrait s’en rapprocher en cas de victoire en finale de Coupe du Monde, après avoir déjà remporté la Ligue des champions en mai dernier. Modric n’est toutefois pas le seul talent que compte la Croatie. Mario Mandzukic (Juventus), auteur de deux buts, Ivan Rakitic (Barcelone), Ivan Perisic (Inter Milan), lui aussi deux fois buteur, évoluent dans de grands clubs européens. Dans cette équipe le danger vient presque de partout. La Croatie a pour l’instant marqué douze buts… avec huit joueurs différents.  

3Corruption

C’est l’ombre au tableau. En Croatie, tout le monde n’est pas ravi de voir la sélection nationale triompher en Russie. La raison ? Un scandale de corruption implique le plus grand club du pays et le joueur phare de l’équipe, le brillant meneur de jeu Luka Modric. L’affaire porte le nom de Zdravko Mamic, ex-dirigeant du Dinamo Zagreb et véritable “parrain” du football croate. Début juin, Mamic a été condamné à six ans et demi de prison pour avoir détourné 15 millions d’euros lors de transferts de joueurs tout en cachant au fisc 1,5 millions d’euros. Notamment celui de Luka Modric, le génie local, et celui de Dejan Lovren, défenseur central de la sélection bien connu en France pour avoir joué à l’Olympique lyonnais. Luka Modric a lui été inculpé par la justice croate qui le soupçonne d’abord livré un faux témoignage pour sauver Mamic. Il risque cinq ans de prison.

Résultat : l’élégant meneur de jeu est détesté par une partie des supporteurs croates. Symbole : à Mostar, la ville où il a commencé, une fresque en son honneur a été taguée d’un peu amène : “Meme si tu nous fais gagner le titre mondial, tu reste l’écume des Croates”. C’est tout le paradoxe : à 32 ans, Luka Modric n’a jamais été si près du titre mondial et … de la case prison.  

4 Des présidents fanatiques 

La Croatie est un pays jeune, dont l’indépendance n’a été reconnue qu’en 1992. Comme l’expliquait à l’Obs en 2016 Loïc Trégourès, spécialiste des Balkans et du supportérisme dans les pays d’ex-Yougoslavie, le football a joué un rôle dans la construction de l’identité du pays. Ce sport occupe ainsi une place majeure dans l’imaginaire national. La raison en est simple : contrairement aux autres pays issus de la Yougoslavie, la Croatie “a la particularité d’avoir été dirigé pendant les années 1990 par un président grand amateur de football, Franjo Tudjman”, qui n’a pas hésité à se servir de ce sport.

“À travers les années 1990, le sport, y compris l’interprétation, les images, les métaphores ainsi que les événements sportifs eux-mêmes, furent hautement politisés dans le sens d’une expression nationale dans laquelle les discours narratifs relatifs à la nation, à l’identité et à la culture furent particulièrement articulés entre eux”, a écrit à ce propos le chercheur Dario Brentin, spécialiste des Balkans. “Les victoires en football forgent l’identité nationale autant que les guerres le font”, avait lui-même théorisé Franjo Tudjman, resté président du pays de 1990 à 1999.

Si cet enthousiasme patriotique des années 1990 autour de la sélection de football est quelque peu retombé, il reste néanmoins fort. Première femme à diriger la Croatie, Kolinda Grabar-Kitarovic s’est affichée maillot à damier sur le dos, dans les tribunes russes, à l’occasion de certaines matches de l’équipe nationale.

5Deux joueurs exclus

Deux Croates ne verront pas la fin de la Coupe du monde. Mais pour des raisons différentes. Nicolas Kalinic, attaquant du Milan AC, a été prié de rentrer chez lui après avoir refusé d’entrer en jeu lors du match d’ouverture contre le Nigéria. En fait, le buteur était mécontent de statut de remplaçant et disait ressentir une douleur au dos. Le coach en a eu marre et lui a dit au revoir. 

Ognjen Vukojevic a lui été exclu de la délégation. Après la qualification en quart de finale, cet analyste au sein du staff a dédié la victoire à l’Ukraine dans une vidéo. On y voit le défenseur Domagoj Vida, ex-joueur du Dynamo Kiev, crier “Gloire à l’Ukraine”, tandis que Vukojevic, ex du même club, ajoutait : “Cette victoire est pour le Dynamo et pour l’Ukraine”. 

“Gloire à l’Ukraine !” est un slogan du soulèvement pro-européen qui a conduit à la destitution du président ukrainien prorusse Viktor Ianoukovitch en 2014 et à une grave crise dans les relations entre les deux pays voisins. Après avoir examiné la vidéo, la Fifa a décidé d’émettre un simple avertissement à Vida mais une amende de 12.800 euros et un avertissement à Ognjen Vukojevic. La fédération croate a elle présenté ses excuses au public russe et renvoyé l’analyste à la maison. Le défenseur, Vida, fait lui toujours partie du groupe. Pas fous ces  Croates…

L'Obs

Sebastien Billard et Rémy Dodet

Source: www.nouvelobs.com