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REPORTAGE. L’opération “coup de poing” de l’État sur les réparations des réseaux d’eau a démarré vendredi matin et devrait se poursuivre plusieurs semaines. L’objectif : réparer les fuites et les pompes pour assurer au moins des tours d’eau fiables. La plupart des travaux sont réalisés par des entreprises de Guadeloupe chez qui passent, selon les services de l’État 90 % du budget de l’opération, soit près de 5 millions d’euros.

C’est comme une soupe de goudron qui bouillonne, dans cette allée trouée de la section Vernou à Petit-Bourg. Le trou béant, laisse passer “5 mètres cubes à l’heure, soit l’équivalent de la consommation de dix foyers par jour environ”, indique Eric Brisse, de Suez, un des experts réquisitionné par l’État pour rétablir des tours d’eau fiables sur le territoire. Cette fuite, la première à être réparée dans le cadre de “l’opération coup de poing” a été signalée il y a déjà plusieurs semaines au Siaeag, régie qui opère sur cette zone. Des fuites comme cela, comme il y en a des milliers en Guadeloupe.

Des heures d’écoutes de réseaux pour une heure de réparation

Suez, ce sont les expert mandatés pour venir accompagner la résolution du problème. “Nous on est là, en soutien”, répètent à l’envie les hommes venus de l’Hexagone. La recherche des fuites se sont des entreprises locales qui le font, avec des aquaphones, notamment “Ingéni’eaux Caraïbes” et “GM réseaux”, apprend-on. “Au total, il y a quelque six personnes qui écoutent les réseaux, grâce à des capteurs, et détectent les bruits des fuites : trois qui viennent des entreprises locales et trois qui viennent de Von Roll Hydro, la 2e société qui n’est pas locale, avec Suez”. Et pour ceux qui ne le sauraient pas, un bruit de fuite, c’est un comme un chuchotement permanent : “ça fait ssssshhhhhhh, sourit Eric Brisse. D’abord on entend les grosses fuites, que l’on peut repérer facilement, puis il restera les petites, dont le bruit est caché par celui des grosses fuites”.
Pour celle de Petit-Bourg, le temps de réparation est d’une heure. “Deux au maximum”, assure le responsable d’Aqua TP, qui, assurent le chantier. “Nous sommes spécialisés dans ce type de réparation”, pointe le responsable.

Quand deux pompes en valent une

Alors la question se pose : si c’est aussi court de réparer une fuite, pourquoi cela n’a-t-il pas pu être fait avant ? Parce que les entreprises il faut les payer. “Nous si on nous demande, on est là,.. si on nous demande, et si on nous paye”, ironise Christophe Galle, le président de Pompes Protélec, entreprise baie-mahaultienne depuis 30 ans (3 millions d’euros de chiffres d’affaires – 12 salariés) et qui installe et gère des systèmes de pompes pour l’industrie mais aussi les particuliers.

Christophe Galle est le patron de Pompes Protélec,dont les salariés ont utilisé deux pompes défectueuses pour en construire une troisième. – A.A.

Les pompes des régies des eaux, Christophe Galle les connait, c’est lui qui les as calibrées. Il montre la station du site de l’Espérance à Morne-à-l’Eau, qui sert à donner de la pression à l’eau brute qui arrive de la Basse-Terre, et qui passe par là pour monter à l’usine de Deshauteurs (Sainte-Anne) 150 mètres plus haut. “Les pompes de ce types de stations, on les connait par cœur”, dit-il. Et c’est bien pour ça que c’est cette entreprise qui a été réquisitionnée sur cette question. “Nous avons pu réparer ici une très grosse pompe, avec deux autres qui étaient défectueuses, en huit, dix jours de travail”, raconte le chef d’entreprise.

L’ajout de cette troisième pompe permettra d’envoyer plus d’eau à Deshauteurs, donc également dans les robinets. – A.A.

Résultat, l’eau peut à nouveau arriver à l’usine de Deshauteurs, à raison de 250 m3 supplémentaire par heure. Montant de l’opération : un peu plus de 10 000 euros. “Le fait que l’argent a été débloqué a permis de mettre en branle ces opérations”, ajoute-t-il encore, expliquant que pour réparer une pompe, il faut que les vannes en amont et en aval. Car c’est bien le problème de l’eau en Guadeloupe, c’est que c’est une chaîne de production où les défaillances des uns entraînent celles des autres. Et c’est bien ce que cette opération aura mis en évidence : l’incapacité des opérateurs de l’eau, en l’occurrence du Siaeag, dans le viseur des services de l’État depuis plusieurs années, à entretenir, réparer, et organiser durablement la distribution.

Vers Mare-Gaillard, les pompes aussi surchauffent

“Cette nouvelle pompe devrait permettre de résoudre une partie des problèmes d’eau de la zone de Mare-Gaillard”. – A.A.

Aux Salines, une armoire renferme une pompe, qui ne fonctionnait pas : “C’est parce que la hauteur d’eau n’était pas suffisante et donc ça chauffait les pompes”, explique un agent du Siaeag présent sur les lieux. La surchauffe des “coups de bélier”, comme on dit dans le jargon du métier, est donc responsable du claquage de certaines pompes, dont celle-ci qui a fini par être remplacée, pour 6 000 euros. Le chiffre estomaque la petite assemblée réunie autour de la pompe en fonctionnement. “Mais enfin, vous ne pouvez pas le dire ça ? s’étrangle Ary Chalus, le président de Région présent sur les lieux. 6 000 euros ? Vous vous rendez compte de tout ce qu’il s’est passé à Mare-Gaillard pour 6 000 euros ? Je vous rappelle que nous sommes là pour accompagner sur ce genre de chose, il faut faire remonter les infos pendant les réunions, c’est à ça que ça sert !”. “C’est la Riviera du Levant qui a payé la pompe”, glisse le représentant du président de l’agglomération. “L’État met plus de 5 millions sur cette réquisition pour pallier l’urgence”, rappelle le préfet Philippe Gustin, également présent sur les lieux. Et ce sont les deux agents de Suez, qui concluent : “L’important, c’est de trouver des solutions”. Et selon les protagonistes, à Mare-Gaillard, c’est environ 7 000 familles qui pourraient se trouver soulager.