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Après deux mois sans aucun chiffre d’affaires, les entreprises sont exsangues. Si un plan de relance ambitieux n’est pas lancé rapidement, faillites et liquidations vont intervenir en cascade.

Alors que l’activité économique a repris depuis une semaine, du moins pour les secteurs autorisés, l’état des lieux est inquiétant. Privées de recettes, les entreprises, dans leur grande majorité, chancellent : déjà ébranlées avant la crise sanitaire (1), elles ne peuvent compter que sur un étalement de leurs dettes et un plan de relance de chaque secteur pour ne pas s’effondrer.

La plupart des entreprises (hors secteur touristique) ont pu reprendre leurs activités. On l’a constaté, les conditions de cet embryon de reprise sont délicates. Le nécessaire respect des gestes barrières et de la distanciation physique induit des frais supplémentaires pour toutes les entreprises. Et ces nouvelles pratiques pèsent sur la productivité ainsi que, pour les commerces, sur l’envie d’achat de la clientèle potentielle.

Cette clientèle, on le voit, est encore timide : la consommation s’en ressent, et va s’en ressentir encore à moyen terme. En premier lieu, parce que le doute sur la circulation du virus n’est pas levé et que la crainte de contamination demeure. En second lieu, parce que l’avenir est incertain. La fin annoncée du dispositif d’activité partielle fait peser de très sombres perspectives sur l’emploi. L’enjeu, socialement, est énorme. Au 11 mai, en Guadeloupe, plus de 50 000 salariés du privé (lire ci-dessous) bénéficiaient du dispositif d’activité partielle. Seule une minorité d’entre eux a repris le travail. Que ce dispositif prenne fin et des centaines d’entreprises seront incapables d’assumer leur masse salariale.

Le grand retour de l’État Providence

Dans ces conditions, tous les responsables politiques et économiques voient poindre une catastrophe. Ils ne la découvrent pas brutalement. Les responsables des principales organisations patronales — Bruno Blandin, Patrick Vial-Collet, Nicolas Vion… — alertent, depuis des semaines, sur le risque « d’effondrement de l’économie », et la région met en œuvre un plan de relance (lire ci-dessous). Mais ce plan bienvenu n’est qu’à la mesure de ses moyens, qui sont d’ailleurs amputés par des pertes de recettes (taxe additionnelle à l’Octroi de mer, taxe sur les carburants, taxe de séjour…) liées au confinement.

Face à cette crise sans précédent, chacun en appelle à l’État. Cet appel à l’État Providence, dans le plein sens de la notion, ne manque pas d’une certaine saveur dans le contexte politique guadeloupéen actuel de revendication de plus de responsabilités. Mais il est logique. Aucune région française, quelles que soient sa taille et sa richesse, ne pourra affronter les conséquences économiques de cette pandémie sans un appui majeur de l’État. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’on voit surgir des références au Plan Marshall, ou encore au New Deal : l’un comme l’autre ont été mis en place pour faire face aux conséquences de crises majeures, la seconde guerre mondiale pour le premier, la Grande Dépression pour le second.

Mais qu’attend-on vraiment de l’État ? Au cours de ces dernières semaines, plusieurs pistes ont été proposées par les acteurs économiques. En les compilant, on peut imaginer ce qu’aurait pu être la réponse souhaitée (lire ci-dessous). Mais au vu des dernières annonces, on est loin du compte.

(1) Avant que le Covid n’intervienne, 65 % des entreprises de l’archipel présentaient des dettes sociales, et 35 % des dettes fiscales (Source : préfecture).

Un plan de relance en plusieurs volets

On commence à voir quel plan de relance les acteurs économiques appellent de leurs vœux. Il aurait des volets tenant à la fiscalité, à l’investissement, au social, et dépendrait en majeure partie de l’État.

Depuis plusieurs semaines, les acteurs économiques interviennent, en ordre dispersé, pour dresser un même constat catastrophique de la situation et suggérer des pistes de relance. Les idées — avancées notamment par Patrick Vial-Collet, président de la Chambre de commerce (CCI IG), Bruno Blandin, président de l’Union des entreprises (MEDEF Guadeloupe) ou encore Nicolas Vion, président du Groupement hôtelier (GHTG) — se rejoignent. Même s’il n’est pas encore finalisé et couché sur le papier, on commence à concevoir quel pourrait être le plan de sauvetage et de relance de notre économie, qui dépendrait essentiellement de l’État et, dans la mesure de ses moyens, de la Région.

Il comprendrait, dans l’optique d’un sauvetage d’urgence, un volet fiscal. Tous les acteurs du monde économique s’accordent pour demander un « abandon pur et simple », et non un report, des charges patronales, sociales et fiscales pour les mois de mars, avril et mai au minimum. Selon le principe du « zéro recette, zéro charge ». Le gouvernement semble prendre ce volet en considération, notamment pour les petites entreprises et les entreprises du secteur touristique.

Mais pour d’autres mesures essentielles, c’est le silence radio. « La compensation des pertes d’exploitation », demandée par l’ensemble des organisations patronales, ne reçoit aucun écho. « Si les pertes ne sont pas compensées, les entreprises fermeront », affirment les entrepreneurs. La mesure gouvernementale la plus à même de soutenir leur trésorerie, c’est le prêt garanti par l’état (PGE), dont le montant vient d’être étendu à 3 mois de chiffre d’affaires (contre 25 % du CA dans la première mouture) pour les entreprises du tourisme. Mais la durée de remboursement — 5 ans — reste beaucoup trop courte de l’avis des entrepreneurs.
 

Un grand emprunt régional ?

D’un point de vue social, les entrepreneurs souhaitaient le maintien du dispositif d’activité partielle, qui doit s’achever en fin de mois. Ils ont été entendus, du moins en partie, mais uniquement pour les entreprises du secteur touristique au sens large. Ces dernières pourront bénéficier d’un maintien du dispositif jusqu’en fin d’année. « Insuffisant », jugent-elles.

Sur ces premiers volets, la balle est dans le camp du gouvernement, qui peut encore infléchir sa position. Mais des pistes locales sont également envisagées. Ainsi, Bruno Blandin a récemment interpellé la ministre de l’Outre-Mer, Annick Girardin, pour que le problème de la dette des collectivités publiques à l’égard des entreprises guadeloupéennes — 130 millions d’euros… — trouve enfin une solution. Il a suggéré que l’État garantisse un prêt accordé à ces collectivités. Autre piste majeure, suggérée par Patrick Vial-Collet, la souscription, par la région Guadeloupe, d’un « grand emprunt », destiné à financer un plan ambitieux de relance. Le président Chalus y semble favorable. Reste néanmoins à bien en définir le montant, en fonction de la situation financière actuelle de la collectivité.

Et cet emprunt, que financerait-il ? Bah, les chantiers majeurs à mettre en œuvre ne manquent pas, à commencer par celui de l’eau… On devrait en savoir plus très rapidement sur ce sujet, après la réunion du Haut Conseil de la commande publique qui va justement caler ces chantiers à mettre en œuvre et relancer l’investissement public.

58 000 salariés en chômage partiel

Les services de l’État et la Région pilotent ensemble une cellule de continuité économique qui réunit également le conseil départemental, les chambres consulaires et les organisations professionnelles. Cette cellule poursuit un double objectif, d’une part, s’assurer de l’accompagnement des entreprises en difficulté et, d’autre part, préparer un plan de relance pour l’économie guadeloupéenne.

• Fonds de solidarité : Au 12 mai, près de 19 000 très petites entreprises (TPE) guadeloupéennes avaient bénéficié du 1er volet du fonds de solidarité (jusqu’à 1 500 euros par entreprise) pour un montant total versé de plus de 26,5 millions d’euros. C’est près du double de la semaine précédente, puisqu’elles étaient 10 000 au 5 mai, pour un montant de 18, 4 millions.
Le 2e volet du fonds de solidarité apporte à certaines de ces entreprises un complément compris entre 2 000 et 5 000 euros. 60 entreprises en ont déjà bénéficié, pour un total de plus de 160 000 euros.

• Activité partielle (au 11 mai) : plus de 9 470 entreprises en Guadeloupe et dans les Îles du Nord ont été retenues pour la mise en chômage partiel de leurs salariés. 58 000 emplois sont concernés. L’allocation de l’État mise en paiement atteint le montant de 26,4 millions d’euros.

• Prêts garantis par l’État : Au 14 mai, 1 000 entreprises étaient soutenues pour un montant de plus de 254 millions d’euros accordés. 473 dossiers sont en cours d’instruction pour un montant pré-accordé de 57 millions.

• Reports de charges : Au 13 mai, 1,8 million d’euros de reports de charges fiscales avaient été accordés aux entreprises en Guadeloupe.

• Crédits d’impôts : Au 13 mai, près de 20 millions d’euros ont été versés de manière accélérée aux entreprises pour maintenir leur trésorerie à flot.

• Dettes douanières : Au 18 mai, les douanes ont accordé un report de paiement des dettes douanières à 23 entreprises pour une somme globale de plus de 18 millions d’euros.

Le plan d’urgence de la Région

Pour aider les entreprises de l’archipel, la Région Guadeloupe mobilise des moyens exceptionnels regroupés au sein d’un Plan régional économique d’urgence. Ce plan, qui complète les mesures nationales, comporte une série d’outils financiers permettant d’accompagner les entreprises dans la gestion de leur trésorerie et de préparer la relance. Élaboré avec les chambres consulaires et professionnelles, le Plan économique d’urgence se décline en 8 mesures.

1 – Renforcement du paiement des avances et des soldes relatifs aux délibérations déjà prises. Le taux de l’avance versée aux entreprises bénéficiant d’aides régionales à l’investissement matériel est modifié et peut être porté de 40 % à 80 %.

2 – Abondement du Fonds de solidarité à hauteur de 2, 1 millions d’euros.

3 – Fonds régional d’urgence TPE. Ce dispositif de 5 millions d’euros a vocation à permettre l’attribution d’avances remboursables sans garantie et à taux zéro pour un montant maximum de 15 000 euros par entreprise pour les entreprises individuelles et les entreprises individuelles à responsabilité limitée (EIRL) de 5 salariés maximum, avec un chiffre d’affaires de 120 000 euros maximum.

4 – Fonds de maintien des activités agricoles. La Région débloque un fonds de 2,49 millions d’euros en soutien au maintien des activités des organisations professionnelles de l’agriculture. Ce fonds permettra d’accompagner les professionnels agricoles dans la distribution et la mise en marché de leur production.

5 – Anticipation et accélération. Le versement de la détaxe carburant a été anticipé pour les taxis. Le versement des subventions dues a été accéléré et une bonification de 40 % à 80 % des avances versées sur les aides à l’investissement a été consentie. Enfin, une aide financière de 7 millions d’euros a été accordée à Guadeloupe Formation, aide strictement dédiée au règlement de la dette de cette structure auprès de ses fournisseurs.

6 – Prêt rebond. La Région met en place un prêt rebond de 5 millions d’euros. Destiné aux TPE et aux PME, il leur permet de bénéficier d’un prêt à taux zéro de 10 000 à 300 000 euros, pour une durée de 7 ans, avec un différé de 2 ans.

7 – Mobilisation des fonds européens. La région tente d’obtenir de l’État et de la Commission européenne une accélération des paiements, un assouplissement des procédures et la mise en place de nouveaux dispositifs, notamment un fonds de mutualisation pour la pêche.

8 – Fonds de garantie des prêts bancaires. Dans le cadre de ce fonds de garantie à hauteur de 10 millions d’euros, la Région Guadeloupe, en partenariat avec la BPI, augmente la quotité de 70 à 80 ou 90 %.