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Avec le CRAN et l’assocation AMECAS, l’association Vivre a organisé une conférence-débat sur le scandale du chlordécone, à l’université de La Sorbonne. L’occasion de parler à Paris, loin des Antilles, auprès d’un public pas forcément sensibilisé, de cette problématique parfois méconnue en France.

À quelques semaines du rendu des travaux de la commission d’enquête parlementaire sur l’impact du chlordécone aux Antilles, plusieurs évènements sont organisés à Paris en ce début de mois de novembre autour de cette affaire. Un colloque, une conférence-débat mais aussi une projection de documentaire : l’histoire de la pollution au chlordécone se raconte hors de la Guadeloupe et de la Martinique et surtout, auprès du public. “Sortir le chlordécone d’une problématique antillano-antillaise“, c’est l’un des objectifs de l’association Vivre, qui a lancé une action collective conjointe contre le préjudice moral. Entretien avec Patrica Châtenay-Rivaudy, sa présidente.
 

La1ère.fr : Comment fait-on pour mettre le chlordécone dans l’espace public ?

Patricia Châtenay-Rivaudy (Association Vivre) : Je suis agréablement surprise que nous ayons pu organiser cette conférence ici à la Sorbonne car il y a quelques années ça aurait été quasiment impossible, sauf dans une association de quartier antillaise. Donc les choses avancent. Dans l’assistance il y avait beaucoup de jeunes, d’origine antillaise mais aussi des Européens. On est dans un scandale d’empoisonnement au chlordécone des populations antillaises et des personnes de toutes les origines qui étaient des résidents en Guadeloupe et en Martinique entre 1972 et jusqu’à maintenant. Une dame m’a écrit d’Allemagne pour me dire “moi j’ai habité en Martinique pendant 16 ans et mes enfants sont nés en Martinique donc je m’inquiète”. C’est peut-être très lent mais les Européens commencent à s’investir. C’est notre objectif, d’internationaliser la mobilisation par rapport à ce que nous vivons depuis 40 ans. Peu de personnes sont au courant de ce scandale en France hexagonale mais il est important que tous ceux qui ont des racines aux Antilles, où qu’ils soient dans le monde soient informés de ce qu’est la polllution au chlordécone.
 

Il est capital que les toutes les générations sachent que cette histoire d’empoisonnement est l’équivalent d’une guerre, une guerre sourde et cent fois plus dangereuse car les gens meurent doucement, frappés dans leurs têtes, leurs coprs, leurs états psychologiques. 

La méconnaissance du public français, n’est-ce pas aussi une part du préjudice moral ?

Forcément, tout ce qui fait que les personnes interagissent face à cette situation relève d’une analyse psychologique, voire, comportementale. C’est pourquoi nous n’avons pas arrêté de dire que le préjudice d’anxiété et le préjudice moral doivent être investis par des spécialistes, des experts psychologues, psychiatres. Parce que quand les personnes sont en situation de déni, c’est parce que quelque part, la souffrance est déjà imprégnée, qu’elles vivent un préjudice. Par exemple, elles ne peuvent pas se servir de leur lopin de terre pour le cultiver et elles décident de le nier pour exister. Ce sont des personnes qui ont perdu leurs parents qui étaient soit exploitants agricoles, soit pêcheurs et qui sont morts de maladies métaboliques et qui savent que ces parents ont utilisé des biocides et particulièrement le chlordécone à la main. Et ces personnes ont un comportement de rejet parce que c’est une façon de renier l’existence et de ne pas traiter l’avenir.
 

J’ai pris conscience que, comme beaucoup de personnes, nous faisions avec, car nous n’avions pas encore été touchés dans notre chair. 

Comment faire pour parler du chlordécone sans effrayer les gens et notamment, les touristes ?

L’objectif de toutes les organisations et associations qui luttent contre ce scandale, ce n’est surtout pas de spolier l’économie ni le développement économique de nos îles qui sont déjà quasiment handicapées. Le but n’est pas de faire peur mais que tous les acteurs économiques et politiques, tous ces acteurs qui sont là pour aider au développement économique de nos îles puissent un moment donné se dire “d’accord, il faut que le tourisme continue et nous sommes plus que jamais pour que l’activité touristique dans nos îles puisse perdurer“. Mais il faut soigner le passé, il faut revenir sur les blessures, il faut revenir sur les impacts de cet empoisonnement sur les êtres humains, pour avancer ensemble dans un avenir qui soit productif pour tout le monde, pour n’écarter personne et pour surtout mieux recevoir les autres.

Source: la1ere.francetvinfo.fr