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Guadeloupéens ? On parle souvent de la diversité présente en Guadeloupe mais diversité ne veut pas dire entente, tolérance ou absence de discrimination. A la suite de l’abolition, les anciens esclaves désertent les plantations : ils en ont assez et ont les comprend mais il faut bien que les riches restent riches. Il est donc décidé de recruter des travailleurs pour pallier la perte de cette « main-d’œuvre ».

Des engagés dans un premier temps

Dans les premières années, avec l’engagisme, on recrute au Cap Vert, au Congo, en Chine et même en Europe. Mais les propriétaires de plantation ne sont pas satisfaits (taux de mortalité trop élevé, révolte contre les conditions d’emploi,…). Entendant parler du bon travail que font les Indiens sur d’autres îles, ils en font la demande pour leurs habitations. Les premiers travailleurs Indiens débarquent sur l’archipel à bord de l’Aurélie en 1854. Ils sont alors méprisés et dénigrés par leurs employeurs et la population locale, dont les anciens esclaves. Ils souffrent (et meurent) des mauvaises conditions de vie et de travail. Beaucoup, d’ailleurs, déserteront les plantations.

Une nouvelle patrie pour certains

Les traversées durent jusqu’en 1889 et, si certains repartent (quand c’est possible), d’autres décident de rester sur le sol guadeloupéen où ils ont fondé leurs familles. Parmi cette descendance indo-guadeloupéenne se trouve Henry Sidambarom né en 1863 à Capesterre.
Intéressé par la politique, il est élu conseiller municipal à Pointe-à-Pitre en 1897. Il inscrit des indiens sur les listes électorales en 1904, aux élections municipales de Capesterre mais ceux-ci se feront radier sous prétexte d’être citoyens anglais. Or, cette génération née sur le territoire français est censée posséder la nationalité de plein droit. Elle ne peut pourtant ni voter ni faire son service militaire.
Commence alors un combat et un procès menés par Sidambarom jusqu’en 1923, date à laquelle il est officiellement reconnu la nationalité française aux indiens de Guadeloupe et à leurs descendants.

Jusqu’à sa mort en 1952, Henry Sidambarom se battra pour défendre les droits des Guadeloupéens d’origine indienne.

Le palmier plie mais on le replantera

Autant pour la belle illustration que ça me fera que pour en apprendre un peu plus sur ce chemin que presque tous les Guadeloupéens ont emprunté ou ont pris en photo, parlons de l’allée Dumanoir. L’Allée Dumanoir c’est un alignement, sur plus de 1000 mètres, de gigantesques palmiers royaux de par et d’autre de l’ancien tracé de la RN1. Elle conduisait, jadis à l’entrée du domaine du Marquisat de Brinon. Revenons en arrière…
Le Marquisat de Brinon est une ancienne terre du gouverneur Hoüel, faisant partie de l’héritage d’un de ses fils et offerte à Jean Charles de Senectere en 1716. Elle devient marquisat en1738.
Elle est vendue en 1754 à Philippe-Parfait Pinel Dumanoir, qui en fait la propriété Moulin-à-Eau où se dresse une plantation où on exploite le sucre, le café et les Hommes.
Les sources divergent concernant l’identité précise et la date de celui qui aurait fait planter l’allée de plusieurs centaines de palmiers qui fut appelée allée Moulin-à-Eau ou encore allée Pinel. Ce serait, en tout cas un membre de la famille Dumanoir, considérée comme la plus riche de Guadeloupe à l’époque.
La propriété restera dans la jusqu’à ce qu’elle soit saisie en 1863. Elle sera rachetée en 1873, puis saisie de nouveau par la banque en 1884. Elle sera modernisée, une ligne de chemin de fer dont subsistent des vestiges a été créée, avant de fermer définitivement en 1970.

Ne reste qu’un lieu-dit, une usine en ruines et l’allée dont les palmiers sont replantés lorsqu’ils sont mis à terre par une météo trop violente.
Vous pouvez donc toujours l’admirer depuis votre voiture ou le parcours sportif inauguré il y a plusieurs années, juste à côté. Voire même, si le cœur vous en dit, monter jusqu’à l’ancienne usine qui, elle, disparaîtra sûrement un jour.

Source: https://www.francetvinfo.fr/